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Transforme ta peur, d'Anselm Grün

LA PEUR OUVRE NOS SENS POUR LE MYSTÈRE DE LA VIE

La peur est une force. Elle peut nous empêcher de vivre, comme elle peut nous faire avancer. La refouler ne mène à rien. Mais la transformer, elle devient pour nous source de vie, de véracité, de clarté et de vigilance.

La peur d'être blessé

La peur de subir une violence est profondément ancrée en nous. Lorsque des casseurs montent dans un wagon de métro, par exemple, la panique s'empare des voyageurs : et s'ils s'en prenaient physiquement à nous ? Cette menace est réelle aujourd'hui et tangible aux arrêts de bus et dans les gares des grandes villes. Mais la crainte d'être moralement blessé est plus répandue encore et poursuit l'adulte qui l'a été quand il était enfant. Lorsque son supérieur ou tel collègue élève la voix, les blessures anciennes refont immédiatement surface et il repense à son père qui hurlait et le menaçait de coups. D'autres craignent que l'on puisse découvrir leur point sensible. Je pense à cette femme atteinte de névrodermite, qui a honte de montrer ses mains où la maladie est visible et aimerait les cacher pour que personne ne lui pose de questions. Elle se rappelle que, dans son enfance, elle avait toujours le sentiment de n'être pas assez bien, de ne pas correspondre à ce qu'elle souhaitait être et que son père ne manquait pas une occasion de critiquer sa façon de s'habiller et son allure.

La blessure la plus profonde que l'on puisse infliger à quelqu'un est de s'attaquer à son corps. Après l'avoir salué un matin, un jeune homme se voit demander par son supérieur de remédier enfin à la moiteur de ses mains. Lui-même en souffre, mais il sait bien aussi qu'on ne peut pas y faire grand-chose. Et ce chef qui rabaisse sa secrétaire en lui parlant de son surpoids ou en se moquant de son visage. Agresser ainsi quelqu'un sans le moindre respect à cause de telle ou telle infirmité physique est terriblement blessant, car c'est faire sentir à l'autre qu'il n'est pas accepté tel qu'il est, lui faire comprendre qu'il devrait être différent. Or personne ne peut sortir de son corps pour en changer. Avec notre corps, nous nous présentons tels que nous sommes et si quelqu'un critique notre aspect extérieur, il nous blesse au plus profond de nous-mêmes et nous oblige à nous cacher plus encore derrière une façade, afin de nous préserver d'autres blessures. Mais notre corps, nous ne pouvons pas le cacher, c'est le miroir de ce que nous sommes. Tout individu a besoin du respect de sa dignité humaine pour être à l'aise dans son corps, sans crainte d'être sans cesse agressé ou moqué.

La blessure physique se rapporte aussi à nos émotions. La sphère émotionnelle et psychique fait partie de notre corps. Tout être humain est vulnérable en certains points. Une femme qui souffrait de ne pas avoir trouvé quelqu'un, vivait dans l'angoisse permanente que ses collègues ou ses élèves, à l'école, lui demandent pourquoi elle restait seule. Une autre réagissait vivement dès lors que quelqu'un condamnait un peu rudement ce qui lui était arrivé dans le passé, comme si elle en était responsable. Lorsqu'on se sent coupable on redoute le jugement des autres. Si une femme a été violée dans l'enfance, elle a peur des hommes qui l'approchent d'un peu près. Elle voit chacun de leur comportement avec, en mémoire, sa propre expérience. D'un côté, elle est très sensible et sent lorsqu'ils deviennent un peu trop entreprenants, mais d'un autre côté, elle voit parfois des avances là où il n'y en a pas du tout. Sa peur d'un nouvel abus la rend hypersensible, et on la comprend. L'abus sexuel est la blessure corporelle la plus grave et la plus persistante, car non seulement le corps est blessé, mais aussi la dimension psychique : il détruit la dignité et l'intégrité.

Jésus a en tête cette peur d'être blessé lorsqu'il dit aux disciples : " Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme. Craignez plutôt Celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne" (Mt 10, 28). Sa thérapie consiste à renvoyer à l'âme, laquelle, dans ses mots, est moins le domaine psychique (que personnellement j'affecte plutôt au corps), que notre espace intérieur, le noyau divin en nous, où Dieu habite en nous, où nous sommes totalement nous-mêmes. Prendre conscience de cet espace où personne ne peut nous blesser nous libère de la peur des attaques d'autrui, de ceux qui pourraient nous vouloir du mal. Nous savons qu'ils ne peuvent s'en prendre qu'à notre corps, que notre moi le plus intime est invulnérable, que ni les regards insistants ni les mots humiliants n'ont accès là où Dieu demeure en nous, où sa proximité nous protège et empêche que les autres nous approchent de trop près.

La peur est omniprésente. Sans même le réaliser, nous y sommes quotidiennement confrontés : la peur de la nouveauté, la peur qui paralyse, le peur du ridicule, la peur de l'inconnu en soi, la peur d'être abandonné, la peur de perdre ses relations, la peur de se perdre soi-même, la peur de Dieu, la peur de perdre pied, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de l'avenir, la peur de la mort, la peur dans le monde... Anselm Grün nous invite, par la voie de la méditation et de la prière, à découvrir nos forces permettant d'affronter les situations de la vie avec confiance et courage, à avancer en vérité.

 

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Publié le : 01 Sep 2017
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